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lundi 23 avril 2012

LE JEUNE PRINCE ET LE VIEUX SAGE : UN CONTE INITIATIQUE

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince
courageux, habile et intelligent. Pour parfaire
son apprentissage de la Vie,

 il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.
Éclaire-moi sur le Sentier de la Vie !,
demanda le Prince.

 Mes paroles s’évanouiront comme les traces
de tes pas dans le sable ! R
épondit le Sage.
Cependant, je veux bien te donner quelques indications.
 Sur ta route, tu trouveras 3 portes.
 Lis les préceptes indiqués sur chacune d’entre elles.
Un besoin irrésistible te poussera à les suivre.
Ne cherche pas à t’en détourner,
 car tu serais condamné à
revivre sans cesse ce que tu aurais fui.
Je ne puis t’en dire plus. Tu dois éprouver
 tout cela dans ton coeur et dans ta chair.
Va, maintenant, suis cette route, droit devant toi. 
Le Vieux Sage disparut.

Le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie.
Il se trouva bientôt face à une grande porte sur
laquelle on pouvait lire
''CHANGE LE MONDE''.

C’était bien là mon intention, pensa le Prince,
car si certaines choses me plaisent dans ce monde,
d’autres ne me conviennent pas.
 Et il entama son premier combat.
 Son idéal, sa fougue et sa vigueur
le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre,
à conquérir, à modeler la réalité selon son désir.
Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant,
mais pas l’apaisement du coeur.
Il réussit à changer certaines choses, mais beaucoup d’autres, lui résistèrent.

Bien des années passèrent. Puis un jour,
 il rencontra le Vieux Sage qui lui demande :
Qu’as-tu appris sur le chemin ? 

J’ai appris, répondit le Prince,
 à discerner ce qui est en mon
pouvoir, et ce qui m’échappe,
ce qui dépend de moi
et ce qui n’en dépend pas .

 C’est bien, dit le Vieil Homme.
Utilise tes forces pour agir sur ce
qui est en ton pouvoir. 

Oublie ce qui échappe à
ton emprise.  Et il disparut.

Peu après, le Prince se trouva
face à une seconde porte.
On pouvait y lire,
 ''CHANGE LES AUTRES''

 C’était bien là mon intention, pensa-t-il.
Les autres sont source de plaisir, de joie et
de satisfaction mais aussi de douleur,
 d’amertume et de frustration. 
 Et il s’insurgea contre tout
ce qui pouvait le déranger
ou lui déplaire chez ses semblables.
Il chercha à infléchir leur
caractère, et à extirper leurs défauts.
Ce fut là son deuxième combat.

Bien des années passèrent.
Un jour, alors qu’il méditait sur l’utilité
de ses tentatives de changer les autres,
il croisa le Vieux Sage qui lui demanda :
 Qu’as-tu appris sur le chemin ? 

  J’ai appris, répondit le Prince,
que les autres ne sont pas la cause
ou la source de mes joies
et de mes peines, de mes satisfactions
et de mes déboires.
Ils n’en sont que le
révélateur ou l’occasion.
C’est en moi que
prennent racine toutes ces choses.

 Tu as raison, dit le Sage.
Ce qu’ils réveillent en toi,
les autres te révèlent à toi-même.
Soit reconnaissant envers ceux
 qui font vibrer  en toi joie et plaisir.
Mais sois-le aussi envers
ceux qui font naître en toi souffrance ou
frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne
ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu
dois encore parcourir. 
 Et le Vieil Homme disparut.

Peu après, le Prince
arriva devant une porte où figuraient
ces mots
'' CHANGE-TOI TOI-MÊME''

 Si, je suis moi-même la cause de mes problèmes,
c’est bien ce qui me reste à faire : se dit-il.

Et il entama son 3ème combat. Il chercha
à infléchir son caractère, à combattre ses
imperfections, à supprimer ses défauts,
 à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui,
 tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.

Puis, il rencontra de nouveau le vieux sage
Qu’as-tu appris sur le chemin ? 
Lui demanda le vieux sage

 J’ai appris, répondit le Prince,
qu’il y a en nous des choses
 qu’on peut améliorer,
 d’autres qui nous résistent
et qu’on n’arrive pas à briser. 

C’est bien !, dit le vieux Sage.

Oui, poursuivit le Prince,
mais je suis las de ma battre contre tout,
et tous, et contre moi-même.
Cela ne finira-t-il jamais ?
Quand trouverai-je le repos ?
J’ai envie de cesser le combat,
de renoncer, de tout abandonner,
de lâcher prise. 

 C’est justement ton prochain
apprentissage, dit le Vieux Sage.
Mais avant d’aller plus loin,
 retourne-toi et contemple
le chemin parcouru.  Et il disparut.

Regardant en arrière, le Prince vit dans le
lointain la 3ème porte et s’aperçut qu’elle
portait sur sa face arrière une inscription qui disait

''ACCEPTE-TOI TOI-MÊME''


Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette
inscription lorsqu’il avait franchi la porte la
première fois, dans l’autre sens.
 Quand on combat on devient aveugle, se dit-il. 
 Il vit gisant sur le sol,
éparpillé autour de lui,
tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui :
ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites,
tous ses vieux démons.
Il apprit alors à les
reconnaître, à les accepter, à les aimer.
Il apprit à s’aimer lui-même, 

sans jamais chercher à se comparer,
se juger, se blâmer.


Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :
 Qu’as-tu appris sur le chemin ? 


 J’ai appris, répondit le Prince, 
que détester ou refuser une partie de soi,
 c’est se condamner à ne jamais être
 en accord avec soi-même.
J’ai appris à m’accepter, 

à m'aimer tel que je suis,
sans rien changer.

 C’est bien, dit le Vieil Homme,
 c’est la première Sagesse.
Maintenant tu peux repasser la 3ème porte. 

A peine arrivé de l’autre côté, le Prince
aperçut la face arrière de la seconde
porte et y lut


"ACCEPTE LES AUTRES ".

Tout autour de lui, il reconnut les personnes
qu’il avait côtoyé dans sa vie ; celles qu’il
avait aimé comme celles qu’il avait détesté.
Celles qu’il avait soutenu et celles qu’il avait
combattu. Mais à sa grande surprise, il était
maintenant incapable de voir leurs imperfections,
leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement
gêné et contre quoi il s’était battu.

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage.
 Qu’as-tu appris sur le chemin ? 
 demanda ce dernier.
Le Prince lui dit qu'il avait comprit 
qu'il fallait accepter les autres
sans cherchez à les changer.

 C’est bien, dit le Vieil Homme,
 c’est la première Sagesse.
Maintenant tu peux repasser la 3ème porte. 

Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la
face arrière de la première porte et y lut

''ACCEPTE LE MONDE''.

Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette
inscription la première fois. Il regarda autour
de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à
conquérir, à transformer, à changer.
Il fut frappé par l’éclat
et la beauté de toute chose et leur perfection.
C’était pourtant le même monde qu’autrefois.
Était-ce le monde qui avait changé ou son regard ?

Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda.
 Qu’as-tu appris sur le chemin ? 

 J’ai appris, dit le Prince, que le monde
est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit
pas le monde, elle se voit dans le monde.
Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai.
Quand elle est accablée, le monde lui semble
triste. Le monde, lui, n’est ni triste ni gai.
Il est là ; il existe ; c’est tout.
Ce n’était pas le monde qui me troublait,
 mais l’idée que je m’en faisais.
J’ai appris à accepter sans le juger.

Ce sont les 3 Sagesses, dit le Vieil Homme.
Te voilà à présent en accord avec toi-même,
 avec les autres et avec le Monde. 

Un profond sentiment de paix, de sérénité,
 de plénitude envahit le Prince devenu vieux.
Le Silence l’habitat enfin, et ne se sentait plus seul.

 Tu es prêt, mon ami pour franchir le dernier Seuil,
 dit le Vieux Sage, 
celui de passer du silence à la plénitude
 puis de la Plénitude au Silence .
Et le Vieil Homme disparut.