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jeudi 16 février 2017

MALALAÏ , UNE GUERRIÈRE FAROUCHE, UNE JEANNE D'ARC AFGHANE D'HIER ET D'AUJOURD'HUI




La guerrière d'hier, Malalaï est une héroïne Pachtoune de la seconde guerre anglo-afghane. Une femme valeureuse, prête à se sacrifier pour son peuple et ses idées.
Native du petit village de Khig proche de Maiwand une petite ville des plaines poussiéreuses à l’ouest de Kandahar. Malalaï est la fille d’un berger qui s’est engagé avec son fiancé dans l’armée d’Ayub Khan contre les Anglais. Unis à la vie à la mort, tous deux combattront durant la bataille de Maiwand le 27 Juillet 1880.


Malalaï, comme un grand nombre de femmes Afghanes, soutiendra les guerriers en leur fournissant eau, nourriture et munitions et en soignant les blessés.

Bien que supérieurs en nombre les guerriers afghans perdront du terrain et commenceront à perdre espoir face à l’armée anglo-indienne mieux armée. C’est alors que Malalaï va devenir célèbre suite à un geste qui est resté dans les mémoires. Après la mort de son fiancé, elle monte au créneau en brandissant le drapeau afghan d’un guerrier abattu devant elle, elle exhorte les afghans au combat et les encourage en haranguant un slogan '' Si tu ne tombes pas à Maiwand, par Allah, c’est que quelqu’un t’épargne pour être le symbole de la honte ! ''. Tout en entonnant un chant patriote jusqu’à ce qu’elle soit abattue.

Le geste héroïque d'une femme donnera courage aux guerriers afghans qui refusèrent d'être ridiculisés et, qui finiront par arracher finalement la victoire à l’armée anglo-indienne qui fut obligée de battre en retraite et de se retrancher sur Kandahar. Cette cuisante défaite restera comme la plus sévère de la seconde guerre pour les Anglais. L’importance de l’intervention de Malalaï sera considérée comme décisive côté afghan. Après la bataille, les survivants et Ayub Khan lui rendront hommage lors de son enterrement dans son village natal.

Elle reste l'héroïne depuis 125 ans, qui symbolise la résistance afghane jusqu'à ce jour. Sa résistance sera célébrée par un poème : ...'' Ô Malalaï de Maiwand, relève-toi pour faire entendre aux Pachtounes, le chant de l’honneur. Je t’en conjure, relève-toi ''...Le dernier couplet d’une chanson du célèbre poète Rahmat Shah Sayel de Peshawar.

Parmi les personnages célèbres qui portent le prénom de Malalaï en hommage à cette héroïne : Malalaï Yousafzai, une adolescente qui fut abattue par les Talibans parce qu’elle avait décidé de combattre pour le droit à l’éducation des filles.




LA GUERRIERE D'AUJOURD'HUI, MALALAI JOYA
Malalaï Joya, une femme politique afghane élue en 2005 la plus jeune députée au parlement afghan, où elle représente sa ville natale de Farâh, située dans l’une des provinces les plus pauvres d’Afghanistan.
Malalaï a été virée de son poste en 2007 , pour avoir critiqué ses collègues députés, dénoncée la corruption au sein du Parlement, en les cataloguant de bande de ''moutons et d’ânes réunis''. Le parlement lui a annoncé qu’elle pouvait revenir si elle s’excusait auprès d'eux. Sa réaction fut ironique ''c’est plutôt aux moutons et aux ânes que je présente mes excuses !''.
En raison de sa forte opposition aux talibans et au régime parrainé par les États-Unis en Afghanistan, Malalaï a été menacée de mort plusieurs fois. Aujourd’hui, elle vit cachée et ne se déplace pas sans son escorte d’hommes armés. Elle reste un emblème populaire et une figure de discorde, adulée par certains et détestée par d'autres.
Malalaï a donné une série de conférences aux États-Unis et a écrit un livre, Au nom de mon peuple – Une femme afghane contre les seigneurs de guerre, un récit biographique sur la résistance à l'occupation...

Texte de Malalaï Jova : C’est difficile, surtout pour une activiste, de vivre dans un pays gouverné par des seigneurs de guerre. 
''Je dois vivre et travailler de façon clandestine, sinon je serais prise pour cible. C’est ma seule option, parce que je ne ferai pas de compromis et je ne me tairai pas. Je reçois des menaces de mort et je dois déménager constamment. J’ai déjà fait l’objet de sept tentatives d’assassinat.
Mais je suis consciente des risques, je ne crains pas la mort. J’ai peur du silence face à l’injustice. Je n’en veux pas à ceux qui essaient de me tuer. Ils souffrent de la pauvreté, de l’insécurité, de la corruption et du chômage.

Vous pouvez combattre le terrorisme, mais il est difficile d’échapper à l’opium. Des gamines sont offertes comme épouses, quand leur famille n’a plus d’argent à donner aux trafiquants pour payer leur drogue. Cela détruit la vie des femmes et des jeunes filles qui y sont accrocs pour oublier. Le gouvernement dit aux paysans d'arrêter de cultiver le pavot, mais les gouverneurs des provinces et le ministre chargé de la lutte contre les stupéfiants sont eux-mêmes des trafiquants de drogue réputés.
On a suffisamment de terres. On n’a pas besoin d’opium. On pourrait cultiver assez de blé pour tout le pays, si le gouvernement nous aidait à irriguer nos terres. Mais la drogue rapporte bien davantage et notre futur leur importe peu.

Les médias mentent constamment . Ça serait bien que les médias disent enfin la vérité. Des centaines d’écoles ont été fermées pour des raisons de sécurité. Des professeurs ont été kidnappés ou décapités, des femmes enseignantes violées. À Kaboul, beaucoup de professeurs n’ont pas reçu leur salaire plusieurs mois et, il y a eu des grèves de la faim dans les universités. Dans les provinces du nord, de nombreuses filles ont été empoisonnées récemment. Des jeunes filles ont été attaquées à l’acide, ou ont été kidnappées et violées en allant à l’école, mais aucun média n'en parle. Quand on est gouverné par des misogynes et des seigneurs de guerre, comment peut-on espérer améliorer l’éducation des filles ?

Nous vivons une situation étrange en Afghanistan, 25 % des sièges au Parlement sont détenus par des femmes et des femmes sont à la tête d’un nombre incalculable d’ONG. Mais elles sont aussi corrompues L’occupation leur a apporté richesse et prestige, dans ce régime mafieux.
L’argent pour l’éducation se retrouve souvent dans les poches des pilleurs. Pourtant, les gens continuent à croire en l’éducation. Récemment, je suis allée visiter une école où des filles étudient dans la province d’Herat – en fait, c'est juste une tente. Mais ces petits changements positifs sont utilisés pour justifier l’occupation, alors que dans les parties rurales la situation est restée la même. Certains afghans disent que c’est pire que lorsque les talibans étaient au pouvoir.

Avant, c’était seulement les talibans qui tuaient. Maintenant, ce sont les talibans et les seigneurs de guerre soutenus par les américains.
Comment voulez-vous que les femmes afghanes puissent défendre leurs droits.

Derrière le discours de guerre civile, il y a la propagande américaine et de l'OTAN. Ils veulent que les habitants acceptent leurs bases militaires qui sont censées les protéger. Mais je pense que la guerre civile à laquelle, ils font allusion ne sera pas pire que ce qui se passe en ce moment même. Si les États-Unis n'arrêtent pas de soutenir ces seigneurs au nom de la démocratie, les gens finiront par se révolter et demander que justice soit enfin faite. Ils se battront sans relâche.



Car, jour après jour, on voit s’accroître les protestations. Les médias parlent de la résistance des talibans à l’occupation américaine. Mais il y a une grosse différence entre la résistance des talibans et celle des Afghans qui se battent pour la paix et leur liberté. Les gens sont fatigués et ils ont faim. Certains vendent leur bébé pour une dizaine d’euros. Mais ils résistent. C’est pour cela que je ne quitterai plus l’Afghanistan. Nous et seulement nous, pouvons nous libérer. Nous sommes un peuple fier, qui n’a historiquement, jamais accepté l’occupation. Plus la brutalité des États-Unis et des fondamentalistes augmentera, plus les gens se soulèveront contre cette oppression abusive et malsaine.



Dans certains pays déchirés par la guerre, c'est une bonne idée d'inviter les terroristes autour d’une table ronde pour essayer de trouver un accord. Mais dans un pays comme l'Afghanistan, où des terroristes sont au pouvoir, inviter un autre groupe de terroristes pour aider à faire la paix est une bonne blague. Le résultat sera un bain de sang, et plus de violence.

La paix sans justice et sans indépendance n'a pas de sens. Cette paix serait pour les États-Unis, et les héros seraient obligatoirement déclarés comme les criminels. Ce que nous voulons, c’est poursuivre les vrais criminels en justice.

Washington ne combat pas les Talibans. L’Afghanistan est au cœur de l’Asie. Depuis l’Afghanistan, ils peuvent contrôler les puissances asiatiques comme la Chine, l’Iran, la Russie… Ils ont un accès facile au gaz et au pétrole des républiques d’Asie centrale et peuvent exploiter les ressources naturelles que nous avons comme le cuivre, l’uranium et le lithium. Il suffit de se servir.

Le 11 Septembre a donné une excuse aux États-Unis, pour nous envahir. Depuis 17 ans, nous faisons partie de leur stratégie géopolitique à long terme. Et l’histoire se répète, ailleurs. Sous l’égide des Nations Unies, ils sont allés en Libye et en Syrie. S’ils font la guerre, c’est dans leur propre intérêt uniquement.

Quand je regarde les nouvelles en Syrie, ça me rappelle l’Afghanistan. Les seigneurs de guerre sont en train de piller le pays et de le réduire en cendres. Et maintenant, les États-Unis donnent des armes à ces islamistes. Ils veulent mettre des marionnettes au pouvoir pour mieux se servir sans rien payer, tout comme en Afghanistan. Mais, il n’y a que les Syriens eux-mêmes, qui peuvent se délivrer. C'est ce qu'a compris leur Président.

Dans tous les endroits où il y a de la cruauté et de l’oppression, il y a aussi de la résistance. On doit suivre l’exemple de Samad Behrangi quand il dit : ''La mort peut venir facilement à tout moment, mais je ne serai pas celui qui ira la chercher. Si elle surgit, cela n’importe peu. Ce qui compte, c’est si ma vie ou ma mort a eu un impact sur la vie des autres.'' Je sais que je marche dans la bonne direction quand je reçois le soutien des personnes qui ont faim et qui souffrent. Les seigneurs de guerre peuvent détruire toutes les fleurs, mais ils ne peuvent pas détruire le printemps. Un jour, nous vaincrons.