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jeudi 26 novembre 2015

LE JARDIN JAPONAIS DE TOULOUSE, UNE PERLE D'ORIENT A DÉCOUVRIR AU PRINTEMPS


Je suis difficile à convaincre et à contenter, surtout lorsque que l'on a vu de superbes créations au cours de ses voyages. Mais quand je découvre des merveilles, j'aime en parler et le faire savoir. Une manière de rendre hommage aux artistes qui nous gratifient de leurs talents et merveilles.
Le jardin japonais de Toulouse est l'une de ces merveilles. C'est un espace qui est classé comme étant le jardin le plus remarquable de France. Et sur ce point nul ne s'y est trompé !

Il est très facile d'accès pour se situer en plein centre-ville de la ville rose, au nord de Toulouse, dans le quartier de Compans Cafarelli.
Il faut traverser la place de l’Europe, puis un premier jardin public bien français, pour découvrir cette création nipponne qui s'étale sur 10 hectares et qui met en scène le monde minérale et végétale avec un goût et une harmonisation indiscutables. De quoi occuper son après midi !
Ce jardin a été créé en 1981, par la mairie de Toulouse dont le maire de l'époque D.Baudis et, qui comme de nombreux Français, surtout dans les années 80 qui découvraient un art nouveau en Europe, appréciait ce type de jardin qu'il aurait soit disant découvert en particulier à Dublin. Il aurait dû aller simplement à Maulévrier, qui existait déjà !


C'est un lieu très paisible, fait pour la méditation contemplative. Il s'inspire des jardins créés à Kyoto entre le 14ème et 16ème siècle, du temps de Muromachi et d'Edo.
Il est isolé du reste du parc grâce à des rideaux de verdure et une colline offrant une certaine intimité. Le jardin est également composé d'un jardin sec traditionnel.
On y retrouve tous les ingrédients qui font la réussite d'un jardin Zen Japonais comme le pont traditionnel en bois rouge, symbole du passage purificateur, reliant un îlot qui symbolise le paradis, ou encore le célèbre Tori-i, emblème qui date du 10ème siècle et qui signifie ''porte du Japon '' Mais qui est beaucoup plus ancien pour avoir retrouvé son symbolisme au Népal et en Inde.
Le tori-i, symbole shinto qui signifie '' là, où sont les oiseaux '' ou ''là, où sont les âmes '', est un portail traditionnel japonais que l'on retrouve dans tous les jardins zen du japon et à l'entrée des temples shinto. Il est érigé à l’entrée d’un sanctuaire shintoïste, afin de séparer l’enceinte sacrée de l’environnement profane. Il sépare le monde physique du monde spirituel, chaque tori-i traversé lors de l’accès à un sanctuaire, doit être retraversé dans l’autre sens, afin de revenir dans le monde matériel. Il n’est pas rare de voir des Japonais contourner un tori-i, lorsqu’ils pensent qu'ils ne repasseront pas par cette porte de crainte que cela leur porte malheur. C'est le symbole du passage sous l'échelle chez les européens !. Une superstition encrée est un vœu qui se réalise !. Étrangement, lorsque je contemple un tori-i, je vois la lettre grec PI, nombre d'or 3,14, nombre transcendant que l'on retrouve dans le son, la lumière et les ondes.



UNE BALLADE DEPAYSANTE
Le plan d'eau fait 700m2. Sa forme est très découpée comme les côtes du Japon le sont. Au milieu se trouve l’île du Paradis qui regroupe l’île Tortue et ses neufs rochers et l’île Grue. On dit que c’est là où les divinités viennent se réfugier. C’est donc un endroit sacré, où seul l’Empereur du Japon et le jardinier impériale peuvent aller. On accède sur l’île Paradis par le pont rouge, fermé par un portillon. L’île Grue toute en longueur symbolise le l'infini et le bonheur. L’île Tortue avec ses rochers ronds, symbolise la longévité et les profondeurs de l’océan.
On découvre aussi un chouette pavillon de thé, mais peu utile, cerné par un jardin arborisé de bambous, des pins rouges, des pins noirs, des cerisiers subhirtella qui fleurissent de Novembre à Avril très chargés en fleurs blanches à cinq pétales, mais sans feuillage, des d'érables japonais et bien d'autres essences venues d'orient, comme par exemple le cerisier serrulata, d’origine chinoise et des cerisiers pleureurs. Le nom des cerisiers est prunus. Une déformation parmi tant d'autres !
Le jardin est tapissé de magnifiques parterres fleuris ou courent des pas japonais qui nous emmènent vers une rivière et une cascade sèche dit cascade de la porte du dragon, elle symbolise le cycle de la vie. Dans les bambous, c’est la source et la cascade qui descendent de la montagne et représentent la naissance. Ensuite vient le torrent tumultueux caractérisé par les galets : c’est la jeunesse. Plus loin l’eau s’écoule dans un lac, c’est la mort. Et au-delà du pont, la renaissance. 

Sans oublier la lanterne traditionnelle japonaise de la période d'Edo (du 17ème au 19ème siècle). La puissance des lanternes est fonction de la luminosité de la lune. Plus la lune brille, moins la lanterne est forte.
Les pierres des trois bouddhas dont la plus élevée symbolise le Bouddha Siddartha Gautama, une triade qui protège l'ensemble du jardin des ondes négatives, des mauvaises pensées, ainsi que le célèbre Mont Fuji, vraiment miniaturisé !. Ok, c'est un symbole ! Mais quand même ce n'est pas évident du premier coup d'oeil !

Le tout sous la surveillance immuable de maître Taisen Deshimaru, moine-fondateur qui a introduit le philosophie Zen et plus de 200 dojos bouddhiste zen en France, en Europe, en Afrique du Nord et au Canada, dédiés à la méditation, dans les années 1970. Son buste mémorial trône dans ce splendide jardin dessiné selon les règles du sakuteï-ki .
Le temple (Association Zen Internationale) dans la vallée de la Loire, qui devient le premier et le plus grand temple Zen d'Europe. D’après les registres du temple de La Gendronnière, il a ordonné plus de 500 moines et nonnes, et plus de 20000 personnes ont pratiqué à ses côtés entre 1970 et 1980.



UN JARDIN ZEN AUX AIRS SHINTOÏSTES
Le jardin est agrémenté d'un plan d'eau, situé en son cœur, sans lequel un jardin Japonais ne peut exister. L’élément eau étant très important, il symbolise la naissance, la croissance, la mort puis la renaissance. L'eau est une métaphore qui parle du cycle de l'humanité.
Nous pouvons donc y voir des tortues de Floride et de magnifiques poissons koï qui sont de jolies carpes multicolores, répandues au Japon comme ailleurs. elles symbolisent l'amour et la virilité.
Le tout encadré de végétaux parfaitement harmonisés.Et comme toute œuvre parfaite, le jardin fut élaboré dans les règles de l'art japonais. C'est ce qui fait qu'il est agréable de s'y promener et de le contempler en silence. De plus, on peut y aller en solo ou en famille. Si les familles sont bruyantes et peu respectueuses, cela gâche l'ambiance !
L'entrée est libre et donc non payante.
Les éléments de la maison de thé sont empruntés au palais de Katsura. La plate-forme permet d'admirer la lune qui est importante pour les bouddhistes, et c'est pour cela qu'elle fut aménagée en face du jardin. Le seul bémol, les lanternes, qui à l'origine éclairaient les cérémonies du thé, n'ont plus ici qu'une fonction de décoration. C’est une maison de thé ouverte, mais qui est utilisée uniquement que pour des cérémonies du thé particuliers.



LES POISSONS KOÏ
Ces poissons se nomment koï en japonais, qui signifie carpe. Alors dire les carpes koï, c'est franchement idiot pour ne vouloir rien dire : carpe-carpe , étrange !
C'est en Chine qu'apparaissent les premiers écrits concernant ces carpes, il y a plus 2530 ans. Puis au fil des siècles, ces poissons se sont répandus en Asie, puis dans le reste du monde après 1947.
Ces carpes très prisées sont élevées en Chine, en Corée, au Japon et au Vietnam. Ce poisson d'eau douce fut obtenu suite à des croisements entre individus sélectionnés. Elles sont essentiellement végétariennes et, ne sont pas de vilains prédateurs malgré leur grande taille. Ces carpes arborent diverses couleurs : rouge, blanc, jaune, noir, etc. Certaines variétés colorées sont très prisées par les collectionneurs et atteignent des prix considérables, alors qu'elles moins de deux ans.
En japonais, le poisson koï, se dit nishikigoï qui signifie poisson-carpe.




LE JARDIN SEC ET SON SYMBOLISME
Il comprend d’abord une mer de sable, qui symbolise l’eau bien sûr ! Puis on dessine avec un râteau des vagues et les courants. Ce jardin minéral est refait très souvent redessiné. D'une part parce que le vent l'efface et surtout parce que le recomposer est un acte de détente qui permet en même temps de faire le vide mentale et de méditer sur ses actes en toute quiétude.
Puis, ont dispose quelques rochers sur le sable qui symbolisent la montagne et plus particulièrement le Mont Fuji et deux groupes de rochers représentent l’île Tortue: un rocher rond et un peu plat sur le dessus et de l’autre côté, l’île Grue.
Le jardin qu'il soit à Toulouse, ou à Kyoto, il évolue au fil de temps et en fonction des saisons. C’est un cycle de vie qui se dessine au quotidien, avec les cerisiers au printemps qui symbolisent la renaissance. L’été, les arbres en pleine maturité symbolisent la vitalité, la jeunesse de l'esprit. L’automne, l’érable devient rouge, les autres perdent leurs feuilles, cela symbolise le déclin, la vieillesse. Quant à l'hiver il symbolise la mort.



QUELQUES JARDINS D'INFLUENCE JAPONAISE
Le Jardin japonais de Hasselt en Belgique, est un jardin et non un parc. C'est d'ailleurs, le plus grand jardin d'Europe.
Nous avons également en Allemagne à Dublin, un jardin Japonais, mais aussi dans quelques pays européens.
En France, de nombreuses villes ont eu également leur petite crise nipponne. Comme dans la Somme, à Chantilly en région parisienne, à Beaumont dans la Drôme ou en dans l'Essonne à Courance, au Havre et Boulogne sur Seine. C'est l'art japonais qui malheureusement n'est pas toujours ni réussi ni très jolie, où les codes sont très peu respectés. Certains sont mal entretenus voir un peu fouillis !. Je les classe pour ma part, en tant que jardins classiques d'influence nipponne.
Celui de Toulouse est à mes yeux le plus beau des jardins qui a su respecter les codes, l'harmonie, l'équibre des formes et des couleurs.
Quant aux plus beaux des parcs franco-japonais, c'est bien celui de Maulévrier.
Comme nous ne pouvons boire un thé à l'intérieur du jardin, il nous reste, à l'entrée du jardin public un restaurant Japonais pour parfaire notre culture nipponne. Le Yoko Sushi : Donburi, makis, ou encore les sushis de Yoko pour ceux qui aiment le poisson cru ; ce qui n'est pas mon cas ! Pour le reste, la cuisine raffinée est excellente !