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mercredi 25 novembre 2015

JAPON : SEIGJIN ET MOMOTE SHIKI . CELEBRATION DE LA MAJORITE DES JEUNES JAPONAIS



La majorité au Japon est obtenue à l'âge de 20 ans aussi bien civilement que pénalement, contrairement aux Français pour qui la majorité civile est à 18 ans, alors que sur le plan pénale, ils sont majeurs à 16 ans. Pour les jeunes Japonais, la majorité est un moment très important. Ce qui n'est pas le cas en France où la maturité ou prise de conscience est plutôt tardive. Le mélange de cultures compliquant sérieusement la situation.

Seijin shiki : signifie cérémonie de la majorité où ils célèbre la naissance d'un homme nouveau. Cette célébration officielle marque le passage de l'adolescent à l'âge adulte qui dit adieu à son enfance. Cette importante cérémonie a lieu chaque année au mois de Janvier. Le jour même, où est célébrée la majorité est jour férié qui se dit seijin no hi.

Avoir 20 ans au Japon est un engagement qui permet d’obtenir le droit de vote et de s'engager politiquement, de pouvoir fumer, de boire de l’alcool et de se marier sans l’autorisation de ses parents. Au Japon, il est interdit de fumer, de boire de l'alcool pour des raisons de santé, les organes n'étant pas finis d'être formés ou de se marier avant sa majorité ni de voter pour des raisons d'immaturité.
Cela signifie également que les délinquants ne seront plus considérés comme mineurs irresponsables et que les identités des suspects lors d’affaires criminelles pourront être signalée auprès d'Interpol.
Pour marquer l’occasion, les nouveaux adultes sont invités par les municipalités à recevoir leurs cartes de vote et de résident dans la mairie, où le/la jeune majeur réside, en tant qu'adulte. Cependant de nombreux Japonais préfèrent participer à cette cérémonie dans leur ville natale où ils ont grandi et étudié, afin de célébrer ce jour avec leurs amis et leurs enseignants et/où leur famille.



UNE PAGE D'HISTOIRE
Seijin shiki tire son origine de rites de passage à l'âge adulte propres à la religion shinto,qui date du 7ème siècle. L'âge de la majorité n'étant pas alors clairement établi, ces rites de passage concernaient les garçons de 10 à 15 ans et les filles de 12 à 16 ans selon les époques et du fait qu'ils travaillaient où avaient des responsabilités familiales faisant que certains jeunes devenaient adultes plus vite que les autres. Les garçons devaient suivre une cérémonie appelée genpuku au cours de laquelle, ils recevaient un prénom d'adulte, et pour les filles, la cérémonie était appelée mogi, au cours de laquelle, elles revêtaient leurs premiers kimono de femme adulte.

À l'ère Edo, l'âge de la majorité est fixé à 15 ans pour les garçons et à 13 ans pour les filles. C'était l'âge de les marier.
En 1876, sous le règne de l'Empereur Meiji, la majorité passe à 20 ans pour les deux sexes. Ce qui interdit tous mariages avant qu'ils aient atteint l'âge de 20 ans.
En 1948, le gouvernement crée, à la date du 15 Janvier dans le calendrier, un nouveau jour férié: Seijin no hi, intégrant et formalisant du même coup Seijin shiki. Selon le calendrier lunaire, officiellement en vigueur au Japon jusqu'à la fin de l'ère Meiji, le 15 Janvier correspond au premier jour de pleine de lune de l'année et à la date de koshōgatsu, une ancienne tradition du Japon rural.
En 1998, les parlementaires de la Diète votent une nouvelle loi, Happī mandē seido, visant à redéfinir le calendrier des jours fériés. Prenant effet le 1er janvier 2000, cette loi fixe Seijin no hi au deuxième lundi de Janvier.




LA CÉRÉMONIE SEIJIN SHIKI
À l'occasion de Seijin no hi, dans tout le pays, tous les jeunes gens qui ont eu ou qui auront 20 ans au cours de l'année scolaire en cours (du 2 avril de l'année passée au 1er avril de l'année en cours) sont invités à se rendre à la mairie de leur lieu de résidence pour officialiser leur passage à l'âge adulte ou leur majorité en participant à une Seijin shiki officielle. Les autorités municipales leur rappelle leurs devoirs et leurs nouvelles responsabilités en tant qu'adulte auxquels, ils devront faire face et la possibilité à dater de ce jour de se marier sans contrainte. Mais aussi ce qu'ils encourent sur le plan pénale, s'ils violent les lois du pays.
Cette cérémonie est très importante car elle officialise le fait qu'ils ne sont plus des adolescents et en guise de bienvenue dans le monde adulte, ils reçoivent des cadeaux de leur entourage non seulement pour célébrer une ''naissance'' , mais aussi pour les féliciter d'être restés dans le rang et les encourager à continuer leur chemin en devenant des citoyens responsables. C'est le jour où les parents leur passe le relais et se désengagent de leurs responsabilités face à la loi. Dés ce jour, ils ne sont plus responsables des écarts de leurs enfants qui devront affronter officiellement seuls leur destin.Ce qui n'est pas toujours facile pour certains jeunes pour qui le monde adulte est effrayant. Mais dans l'ensemble, ils sont assez bien préparés à franchir le passage.
La plupart des jeunes femmes célébrant cet événement portent sur les épaules la tradition et s'engagent à en respecter les règles. Elle endossent à cet effet un kimono particulier nommé furisode qui n'a pas varié de style depuis 800 ans et des zōri aux pieds, alors que les jeunes hommes doivent être en costume noir et chemise blanche ou grise et cravate obligatoire, qui reflète le sérieux et l'homme d'affaire en devenir : l'homme responsable.
Après la cérémonie où du moins en fin de journée, les jeunes sortent le soir ensemble pour faire la fête en famille ou entre amis. Parfois bien arrosée pour certains, faute d'habitude et de tolérance à l'alcool ou pour des raisons qui leur sont personnelles, il n'est pas rare de les voir déambuler en fin de nuit dans les trains, complètement ahuris !.
La cérémonie Momote Shiki est organisée et dirigée par l'école Ogasawara-Ryu, une des plus anciennes écoles d'archerie japonaise. La famille Ogasawara a longtemps été associée à la formation des arts martiaux et particulièrement au tir à l'arc. Le fondateur de la ligné Ogasawara était Nagakiyo né aux environs de 1250. Il fut un archer d'excellence et c'est ainsi qu'il obtiendra le nom de Ogasawara par l'empereur suivi du nom de sa ville natale Ryu dans l'actuelle Yamanashi.




UNE JEUNESSE A TOUT ÉPREUVE
Les jeunes majeurs qui sont pour la majorité des adeptes d'art martiaux, lors de cette cérémonie apprennent également, une page d'histoire ; le pourquoi du comment, cet art a vu le jour. Ils leur expliquent comment une famille puissante et fortunée a fini par semer le désordre et la terreur pour n'avoir pas respecter les règles du jeu. Préférant se soucier davantage des apparences que de l'être et perdant leur temps en futilités inutiles, gaspillant l'argent du peuple et leur énergie inutilement, oubliant ainsi les valeurs enseignées par les arts martiaux. Le guerrier Yoritomo refusa que ses disciples soient des êtres faibles et sans envergure qui légueraient à leur postérité une image désastreuse de leur peuple. C'est en cela, qu'il a soutenu envers et contre tous, le clan Ogasawara dans la formation de jeunes guerriers, afin qu'ils développent leurs compétences en repoussant leurs limites, physiques et mentales et soient ainsi parfaitement disciplinés et parés à toutes les éventualités. Un certain nombre d'épreuves ritualisées de tir à l'arc sont d'ailleurs, toujours d'actualité, faute d'avoir pu trouver mieux pour faire des adolescents des hommes.

LES ARTS MARTIAUX POUR PARER LA DÉCADENCE
Depuis l'époque de Yoritomo, l'arc fut l'arme principale des samouraïs et le symbole de leur profession et de leur état d'esprit.
Le gouvernement du shogunat de Yoritomo a duré jusqu'au début du 14ème siècle. Après ses politiques spartiates ont été ignorées ou délaissées. Les dirigeants du shogunat de Kamakura sont à leur tour devenus laxistes, privilégiant le luxe, les fêtes et les futilités. De nouveau, ils furent mis à rude épreuve face à des ennemis plus puissants, plus entraînés et mieux organisés. Seuls, les Ogasawara, fidèles à leur art et à leurs convictions, ont survécu à la chute du shogunat de Kamakura, et ont continué à servir le nouveau gouvernement du shogunat établi par le clan Ashikaga.

Mais là encore, le pouvoir des shoguns Ashikaga a vacillé et a chuté pour avoir négligé, une fois de plus, l'importance de la sécurité du pays. Le seigneur de guerre Tokugawa Leyasu a mis en place un nouveau gouvernement du shogunat qui fut installé à Edo (aujourd'hui Tokyo) en 1603. Il a demandé au nouveau chef de clan Ogasawara Tsunenao, d'être le mentor et l'instructeur de son fils.
Le shogunat Tokugawa a su retenir les leçons du passé en conservant la tête bien encrée sur les épaules. Il a ainsi réussie à conserver son pays en paix pendant 200 ans ; ce qui fut sans précédent. Une leçon que les Japonais ont su également retenir : pour réussir dans la vie, il faut être fort et discipliné.
Si avec le temps, les guerriers de haut niveau ne sont plus d'actualité du fait de leur armement sophistiqué, il n'en reste pas moins que la pratique des arts martiaux a imprimé les esprits. Il est nécessaire pour le développement de la personnalité et de son équilibre. Il privilégie le développement mentale, la maîtrise de soi et non plus la violence physique et évite de sombrer dans la décadence ou la perte des repères et donc, des valeurs.
Aujourd'hui, le tir à l'arc s'est démocratisé, il est considéré, pour être à la porté de tous, comme étant le meilleur moyen de dépasser ses propres limites, de se discipliner et de forger son esprit et d'embellir son âme.
L'école d'Ogasawara effectue un certain nombre compétitions ritualisées et démonstratives au tir à l'arc, tout au long de l'année dans de nombreux sanctuaires.
Chaque printemps, dans le quartier d'Asakusa de Tokyo, les archers de haut niveau, effectuent à cheval une démonstration de tir à l'arc qui se dit Yabusame.




L'ÉPREUVE RITUALISÉE DE MOMOTE SHIKI
Le Momote-Shiki est célébré dans tout le Japon le même jour. L'épreuve ritualisée dit Momote Shiki se déroule le Dimanche, après que la cérémonie du seijin shiki ( commémoration de la majorité des jeunes gens) ait eu lieu le Lundi. Cette épreuve ritualisée est initiée depuis plus de 800 ans. Momote - signifie cent mains. Cette épreuve est basée selon une règle mathématique Shinto: dix archers à la fois doivent tirer deux flèches en une seule fois. Le nombre d'archers multiplié par le nombre de flèches est égal à 100.
Avant d'entrer en scène, les archers font l'objet d'un massage afin de détendre tous les muscles du corps, puis après avoir revêtu la tenue traditionnelle, ils débutent le concours, après qu'un prêtre shintoïste ait donné le signale en tirant une Kaburaya, une flèche spéciale de couleur rouge avec une tête très particulière. 


LA FLÈCHE SACRÉE DITE KABURAYA
Cette flèche particulière émet un sifflement strident en traversant l'espace en direction de la cible. Ce sifflement est censé chasser les miasmes ou énergies négatives dans les quatre directions: Est-Ouest, Nord et Sud. Les archers portent pour l'occasion un kimono connu sous le nom kariginu. Le kariginu était la robe de tous les jours des samouraïs lors de la période de Kamakura (1192-1333). Sur leur tête, ils posent un eboshi : c'est un chapeau porté par les nobles à la cour au Moyen-âge. Au Japon, ils sont très accrochés au passé et donc à leur histoire qui leur rappelle qui ils sont et d'où ils viennent. Valeur qu'en France, nous avons complètement perdu !
Jadis, la compétition du Momote Shiki était réservée uniquement aux élites, elle était donc pratiqué à huis clos, depuis la période d'Edo en 1603, jusqu'en 1867, date où il fut ouvert au public.
Aujourd'hui, les jeunes archers comme les archers expérimentés qui viennent se frotter aux meilleurs, sont très fières d'écouter ou de réentendre leur histoire et les enseignements des maîtres en la matière.
Pour les jeunes de Tokyo : le momote shiki se déroule au sanctuaire Meiji. Une fois arrivés au sanctuaire Meiji , les nouveaux adultes s’apprêtent à un tir à l’arc, une cérémonie menée par l' Ogasawara-Ryu. 

 
LE RITUEL DU KIMONO POUR LE MOMOTE SHIKI
Le tir à l'arc traditionnel est basé sur une importante concentration, afin de faire le vide de son esprit. L'archer se doit de ne faire plus qu'un avec son arc, il devient ainsi la flèche qui atteindra obligatoirement le centre de la cible, si aucune pensée l'a distrait. Si la flèche rate son but, c'est dû à un manque de concentration ou d'expérience.
Les archers qui se découvrent le bras gauche, l'épaule ainsi que la partie gauche de la poitrine, ce n'est pas pour faire joli ou dans un but esthétique, mais pour informer d'un seul coup d’œil que la compétition est d'un haut niveau.
Par ailleurs, les kimonos traditionnels, qui sont identiques aux kimonos Samouraï, sont lâches et légers ce qui peu gêner le tir de l'arc. Il est hors de question, de modifier les traditions. Par contre les jeunes femmes ne sont pas autorisées à adopter ce style demi-nu, cela ayant toujours était propre aux guerriers.

L'arc est soulevé vers le haut, puis lentement vers le bas, tandis que la flèche est tirée en arrière derrière l'oreille. Puis on lâche sa flèche en direction de la cible. La première flèche de l'année tirée en Janvier lors du momote shiki se nomme Toh-shiya. Celle-ci produit un son strident causée par la tête en fourche. Ce son est sensé écarter les ondes nocives dans les quatre directions : Est-Ouest et Nord-Est, afin d'assainir l'espace de tir.
Le tir à l'arc japonais en général n'est pas d'atteindre la cible à n'importe quel prix en misant tout sur la précision, la cible est secondaire, c'est bien plus subtile. Ils mettent l’accent sur l'équilibre et l'harmonie entre l'esprit et l'arc, sur la beauté du mouvement et du lâcher de flèches en chaîne. C'est ce qui est le plus difficile à atteindre. Si les mouvements, précédents le tir, sont exécutés calmement, le tir est vif.
C'est le moment où le "ki" (l'énergie vitale) accumulé explose.



UN BOL DE SAKÉ POUR CLORE LA CÉRÉMONIE
Une fois que tous les archers ont tiré leur nombre de flèches, ils reçoivent un petit bol de saké pour clore la cérémonie. Le baptême du feu !. Par ce cérémonial, la santé et la bonne fortune des nouveaux adultes est donc spirituellement assurés pour l'année.
Autant dire que cette épreuve est de haut niveau physique et spirituel, où la maîtrise de soi, l'harmonie homme-flèche, la vitesse et la précision sont les ingrédients pour atteindre sa cible aussi bien dans un dojo que dans la vie.
Une reproduction de la Kabura-ya, cette flèche sacrée de couleur rouge avec une tête en forme de navet, est d'ailleurs vendues, comme porte-bonheur, dans les sanctuaires à l'occasion de la nouvelle année. La cérémonie du Momote Shiki est liée au tir de cette première flèche sacrée lors de l'ouverture de la compétition. Donc, si je puis dire, faire momote shiki, c'est tirer sa kabura-ya !

UN PAYS FESTIF ET UN EMPEREUR HUMANISTE
Si le Japon est un pays où les gens bossent sérieusement, c'est aussi le pays le plus festif au monde où l'on respire la joie de vivre. Le Japon est un des rares pays au monde qui possède le plus de fêtes (matsuri) dans l'année, et de jours fériés (15 jours fériés). Ces fêtes sont liées pour la majorité, aux deux religions pratiquées au Japon : le shintoïsme et le bouddhisme. Si un jour férié tombe un dimanche, le jour ouvré suivant est chômé. Mais, il existe de nombreuses fêtes où l'on ne s'ennuie pas, comme celle des lanternes, du lancer de haricots, celle des enfants, des ancêtres, des anciens, des amoureux, des poupées, des chars, des cerf-volants, des étoiles, des montagnes, de la mer, du printemps, de l'automne, de la culture, du travail, des râteaux et des raquettes, de l'homme nu, du cheval, des sports,...on a également le Noêl japonais, la fête de l'Empereur Akihito (shinto), un humaniste et un homme très moderne qui a su demander pardon aux nations qui ont souffert des guerres introduites par le Japon. Permettant ainsi à son peuple de faire la paix avec le monde et avec eux-mêmes !

NOTE :
Le 2ème lundi de Janvier, soit le 13 Janvier 2016 : sera consacré au Seijin no Hi (jour férié) ou seijin-shiki cérémonie officielle de la majorité.
Le concours Momote shiki lié au Seijin-shiki, se déroule en 2016, le 17 Janvier.




Les jeunes Japonais ne peuvent généralement pas s'empêcher de faire le V de la victoire, face aux Occidentaux. Ils vous disent simplement, '' NOUS SOMMES LES MEILLEURS ! '' et cela, n'est pas faux !