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mardi 15 juillet 2014

MILLE VIES


MILLE VIES
Jadis, je fus écuyer, chevalier, palefrenier et forgeron
J'ai prié nombre de dieux, Isis, Zeus, Osiris et Apollon
Au fil du temps, j'ai délaissé tous les dieux anciens
Puis un jour, j'ai adopté pour guide le galiléen.
J'ai parcourus bien des pays et des régions.
J'ai vogué par delà l'océan jusqu'à Sion.
L'âme transportée d'épopée en épopée,
J'ai porté l'armure des romains et le fléau égyptien.
Berger, j'ai gardé les moutons et les chèvres affamées
De Mésopotamie aux plaines d' Éthiopie asséchées.

Sous le soleil ardent et sur les plaines sombres
J'ai croisé, le cœur serré, des morts et des canons
Hurlant, rageuse de tant de gâchis, ton nom,
Mais seul l'écho est revenu frapper ma raison.
J'ai entendu des hommes hurlaient de douleur
Des femmes en haillons, affamées et en pleurs.

J'ai vécu parmi les vikings rustres mais durs au labeur
Et des femmes braves affrontant leurs malheurs.
D'aventure en aventure, j'ai pleuré, ri et chanté.
J'ai aimé et je fus aimée et souvent détestée.
J'ai traversé des clairières et nombre de forêts
J'ai bu l'eau à la source et mangé des baies.
C'était un autre temps, une vie à l'aurore des mondes
Où la civilisation naissait dans la lumière blonde.

Je fus paysanne, servante, mendiante, tenancier, écuyer
Mais aussi moine, scribe, guerrier et preux chevalier
Par monts et par vaux, j'ai maintes fois guerroyé
Sur les chemins, j'ai longtemps et souvent marché
Parfois, j'ai erré cherchant mon chemin
A cheval, en fiacre, en carriole ou à pied.
J'ai croisé des loups qui n'avaient sous la peau que les os
J'ai vu des éléphants qui erraient près des lacs sans eau.

Pendant des siècles, j'ai tout vu et tout entendu,
J'ai croisé des barbares de foi et de loi dépourvus
J'ai rencontré des femmes de bien et de petite vertu
J'ai croisé du regard des mendiants et des inconnus
Qui, dans une autre vie, j'ai assurément, bien connu.
Mais, ces jours là, je ne m'en souvenais plus.

J'ai parcouru des régions pillées et enflammées
Et vécu souvent au milieu de la populace révoltée
Qui braillait faute d'écus d'avoir encore trop à payer .
Par milliers, des hommes périrent sans laisser de trace,
De Mésopotamie aux portes de Rome et de Trace
Souvent après avoir à peine vécu tenaillés par la misère,
Fauchés par les famines, la peste noire et les guerres.
Quand d'autres devenus esclaves portaient des fers.

Chaque histoire m'a offert son lot de feu et de misère,
De joies, de peines, de rires et d'affreuses guerres.
Parfois victorieuse, parfois vaincue, j'ai vécu.
J'ai parcouru mille vies où j'ai tout vu, tout entendu.
J'ai traversé des empires et des cités défaites,
Dont le souvenir s'est éteint au fil des siècles.
J'ai rencontré des Princes, des Empereurs et des Rois
J'ai retenu mille leçons et réalisé mille exploits.
J'ai souvent vu que larmes, souffrance et désespérance,
Dans les yeux d'enfants privés de pain, de logis et de chance.
J'ai ainsi compris que mon âme était d'origine céleste,
Que les dieux espéraient que vers eux, enfin je reste.
Mais, je n'avais pas encore tout vu, ni tout entendu.

Alors, de nouveau, en ce monde, femme, je suis revenue,
Parmi des hommes avides, sans valeur et déshumanisé
Qui massacrent des peuples,pillent et torturent sans pitié
Juste pour quelques richesses dont ils veulent s'emparer.
Des monstres qui pour un rein, un foi dépècent l'humanité,
Cupides, ils trafiquent tout azymut sans le moindre regret,
Revendre leurs larcins à prix d'or pour davantage gagner.

Devenue spectatrice, je contemple l'humanité pervertie,
Qui s'entre-tue au comble de l'absurde et de l'ignominie.
Pour toutes les âmes innocentes, naïves et meurtries,
Souvent je me retire du monde et pour elles je prie.
Que puis-je faire et dire d'autre, si ce n'est de me taire,
Et de laisser les hommes idiots se faire et se défaire.

Je regagnerai une fois encore, un jour prochain,
Le royaume originel niché au coeur de l'Olympe
 Dieu qu'il est long d'attendre de cette histoire la fin.
J'espère, de cette vie déjà fort éprouvée,
Où, parfois désenchantée et affligée, 
J'ai appris à ne pas crisser et à me cambrer,
Qu'elle scelle le recueil d'une folle épopée.
Ainsi tout sera accompli et une page sera tournée.
Et comme les dieux, je pourrai de nouveau rêver,
A un monde moins sauvage, plus... humain
Ayant pour seule arme, qu'un... gourdin.

Extrait du recueil : Mémoire engloutie de Jessie.L