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samedi 20 avril 2013

L'ASTRONOMIE AVANCEE DES SUMERIENS


Après leur développement rapide (la majorité des découvertes ayant déjà été faites à la moitié du IIème millénaire), les mathématiques vont être utilisés pour l'astronomie.
Il faudra cependant attendre le Ier millénaire pour que cette discipline prenne son essor. C'est alors un domaine dans lequel excellent les Chaldéens, qui sont parmi les meilleurs astronomes du monde d'alors, et vont apporter leurs connaissances considérables à leurs homologues Grecs.

Les astronomes étaient nommés au premier millénaire "Tupshar Enuma Anu Enlil". Ils étaient en fait des prêtres ayant reçu une formation spéciale, et sachant lire et écrire.

De ce fait, leur fonction est avant tout religieuse. C'est pour cela qu'ils sont à la fois astronomes et astrologues. Ils officiaient dans les temples, qui ont de ce fait livré de nombreuses archives de textes astronomiques et astrologiques qui étaient gardées dans des salles spéciales.L'astronomie se base avant tout sur l'observation du ciel, et principalement des étoiles. Le plus ancien texte astronomique exhumé est une liste d'observations des mouvements de la planète Vénus, très importante en Mésopotamie, puisqu'elle est identifiée à la déesse  Inanna (Ishtar), couvrant tout le règne d'Ammi-saduqa, roi de Babylone entre 1646 et 1626.

L'astrologie connaîtra son véritable développement au Ier millénaire. On a exhumé de nombreux compte-rendus d'observations des phénomènes météorologique à partir de la fin du VIIIème siècle.
Les souverains Assyriens et Babyloniens l'encouragèrent, avant tout pour l'astrologie.
Elle connut ainsi une période de progrès, et atteint son apogée sous la période Séleucide, avant de passer le relai aux Grecs.
Les textes retrouvés ont une utilité particulière pour les historiens, puisqu'à partir des signalements d'éclipses, on peut connaître la date exacte de certains évènements.
C'est à partir du signalement d'une éclipse de soleil, qui a eu lieu le 15 juin 763, sous le règne du souverain assyrien Assur-dân III (773-755), qu'on connaît avec précision la date des évènements ultérieurs de l'histoire mésopotamienne.
Les souverains Assyriens entreprendront un regroupement des observations astronomiques, et entretiendront un groupe important d'astronomes/astrologues autour du palais royal. De ce fait, ils aideront beaucoup l'essor de cette discipline.

Certains astres étaient considérés comme des divinités par les Mésopotamiens, comme pour les Egyptiens, .
Le Soleil (Utu - Shamash), ainsi que la Lune (Nanna - Sîn) sont les meilleurs exemples.
Dans un texte du XIIème siècle, le ciel est divisé en trois grands royaumes ou chemins, attribués au trois grands dieux de la Triade : "An", "Enlil" et "Enki" (Ea).
Le " chemin d' An" occupait la partie centrale, le long de l'axe Nord-Sud. Au-dessus se trouvait le "chemin d'Enlil" , et au-dessous, le "chemin d'Ea".

Pour rendre compte de la position des astres, les astronomes se servaient de l'écliptique (le plan sur lequel la Terre tourne autour du Soleil, donc sur lequel on a l'impression que le Soleil se déplace vu de la Terre), pour évaluer la latitude, et ils avaient divisé le ciel en 12 zones constituées par des arcs de 30°, qui prirent le nom de la constellation principale qui s'y trouvait.
Ce sont les signes du zodiaque, conservé depuis sous des noms différents. Généralement, les constellations mésopotamiennes sont les mêmes que les nôtres, à quelques variations près, comme la constellation dite de la Charrue, qui regroupe deux étoiles de notre constellation du Triangle et une de notre Andromède.

Il y a 3000 ans, les astrologues Mésopotamiens connaissaient déjà toutes les planètes visibles à l'oeil nu. Ils observent que toutes se lèvent à l'Est et se couchent à l'Ouest, en suivant dans le ciel la même trace que le Soleil : la bande où se déplacent ces astres est donc appelée "zodiaque". Une tablette babylonienne enregistre toutes les éclipses lunaires qui se sont produites entre le règne de Nabuchodonosor et l'an -317 (soit pendant 400 ans).La longueur de l'année fut calculée à 0,001% près et, les mouvements du Soleil et de la Lune, étaient connus avec une marge d'erreur égale à trois fois seulement leur valeur selon les connaissances de notre XVIIème siècle. Durant des centaines d'années les scribes ont tenu les rapports précis d'événements naturels sur la terre et dans le ciel afin de prévoir l'avenir.

Les Sumériens connaissaient parfaitement les "étoiles" de notre système solaire, et d'autres aussi. Deux mille ans plus tard, les Grecs parleront de "planètes", qui signifie "vagabond". Assimilées à des divinités, les planètes porteront le nom d'un dieu grec puis romain.
Les Mésopotamiens connaissaient au moins cinq planètes, Sihtu / Mercure (divinité: Nélo), Delebat / Vénus (divinité: Ishtar), Salbanatu / Mars (divinité: Nergal), Neberu / Jupiter (divinité: Marduck), Kayamanu / Saturne (divinité: Ninib).
Mais ils connaissaient certainement 7 autres planètes.

LE CHIFFRE SEPT LE MAL AIME
En Babylonie, le nombre 7 était considéré comme néfaste et il était de coutume dans la classe aristocratique de ne rien entreprendre les 7, 14, 21 et 28 du mois. On peut voir dans ces faits à la fois l'existence d'une semaine de sept jours (qui aurait été interrompue puisque le mois comportait 30 jours) et les prémisses du repos hebdomadaire.
Si on y ajoute le fait que les babyloniens (et, avant eux, les Sumériens) connaissaient sept "planètes" qu'ils rattachaient chacune à un dieu, on tient peut-être une explication à l'origine de la semaine de sept jours. Mais ce n'est qu'une hypothèse.

Les Babyloniens avaient constaté que, sur fond d'étoiles fixes, des astres se déplaçaient. Ils en comptèrent au moins 7 et 2000 ans avant notre ère, ils leur donnèrent le nom d'une divinité sans pour autant que l'astre soit identifié à la divinité. Pour prendre un exemple, on disait "l'astre de Mars" et non pas "Mars". Par la suite, l'expression disparut au profit du nom.
A partir des années -1000, l'astronomie de Mésopotamie tout en restant encore descriptive, émerge lentement de son contexte astrologique de départ : les astronomes ou les veilleurs vont noter nuit après nuit, tous les phénomènes célestes observés, surtout ceux qui sont visibles au début et à la fin de la nuit divisée en trois "veilles" (massartou).

Les veilleurs observent bien sûr tout ce qui concerne les éclipses, mais ils vont aussi repérer et noter les positions des planètes par rapport à des étoiles brillantes, la durée écoulée entre le coucher du soleil et le coucher du premier croissant de Lune en début du mois, etc.
Ces textes étaient refondus par la suite sur une tablette unique portant sur l'ensemble des événements du mois (des almanachs), puis seront archivées dans la bibliothèque du temple.

En dehors des almanachs, un texte majeur d'astronomie le "MUL. APIN" (1000 av-JC) liste 66 constellations (ou astérismes). Première carte céleste connue (découverte à Ninive). C'est un planisphère en argile, divisée en 8 sections, et montrant une ou deux constellations avec les étoiles importantes (Sirius, l'Épi, Pégase, la Balance, etc.). "Mul APIN" veut dire étoile d'Andromède; (mul = étoile + APIN = champ : premiers mots du texte); ce texte regroupe sur 3 tablettes à l'écriture serrée toutes les connaissances de l'époque en Astronomie.

Les indications sont données dans un calendrier de "travail" contenant 360 jours dans l'année. On y trouve des indications sur la durée des jours et des nuits tous les mois de l'année, une sorte de catalogue d'étoiles situant celles-ci les unes par rapport aux autres, une liste d'étoiles dites "ziqpu" qui permettent de se repérer par rapport au méridien selon la date, la liste des constellations qui se trouvaient sur le "chemin de SIN" (dieu de la Lune), c'est à dire sur l'écliptique, la longueur de l'ombre portée d'un style vertical pour un temps donné depuis le lever du Soleil (cadran solaire), les périodes de visibilité et d'invisibilité des planètes, etc.

Cet état des lieux fourni aussi quelques règles de calcul; cela permet de constater que déjà une modélisation numérique est utilisée dans des cas simples. L'essentiel des repérages d'événement astronomique se fera par rapport à des étoiles brillantes connues. Les distances sont données en shu-si "doigts" (1/12 de degré) et en kush (2,5 degré) en spécifiant la direction Nord Sud Est ou Ouest à partir de l'étoile de référence; celles-ci sont au nombre d'une trentaine et sont connues par des listes références.

Ultérieurement les textes les plus nouveaux concernent les éclipses; des relevés qui s'étagent sur plusieurs siècles contiennent des observations qui croissent en précision : celles des moments du début et de la fin de l'éclipse par rapport soit au lever soit au coucher du Soleil; l'unité utilisée est l'OUSh (= 4 minutes de temps); on peut de nos jours vérifier les données et constater que l'unité est stable; cela suppose donc l'utilisation d'une horloge (à eau?) étalonnée!

Dans ce texte il y a 18 constellations dans lesquelles nous retrouvons déjà les signes du zodiaque : 1.Journalier (Bélier), 2. Les étoiles (Pléiades), 3. Le taureau du ciel (Taureau), 4. Le fidèle pasteur d'Anou (Orion), 5. Le vieil homme (Persée), 6. Le bâton brisé (l'Aurige), 7. Les grands jumeaux (Gémeaux), 8. Le crabe (Cancer), 9. Le Lion, 10. L'épi d'Orge (Vierge), 11. La Balance, 12. Le Scorpion, 13. Pabilsag (Sagittaire), 14. Le poisson chèvre (Capricorne), 15. Le Géant (Verseau), 16. Les Queues (Poissons), 17. l'Hirondelle (S-O Poissons) et 18. Announitou (N-E Poissons). Hérodote, historien grec du Vème siécle av.J-C. rapporte que gnomons et polos (cadrans solaires) sont des legs babyloniens.



HIPPARQUE
Mais les astronomes grecs emprunteront aux Babyloniens plus que ces outils. L'emprunt touche tout ce qui concerne la mesure du temps, que ce soit le procédé numérique de calcul de la durée des jours et des nuits tout au long de l'année ou les évaluations de la période synodique (temps de retour à une même phase) des planètes.
On peut aussi mentionner une liste d'éclipses datées et archivées depuis le VIIIème siécle, qui remonterait donc à l'époque de Nabonassar, liste dont Hipparque aurait eu connaissance et dont il se servit pour préciser sa théorie de la Lune. Certains chercheurs disent même très clairement que Hipparque n'aurait pu faire tout le travail qu'il a fait, si il n'avait pas eu connaissance à la fois des données d'observations et des techniques de calcul des Babyloniens; il ajoute que les Babyloniens avaient ouvert à Hipparque la voie de la pratique de la prévision chiffrée.
Le même Hipparque choisira de faire ses calculs en base 60; il utilisera aussi la découpe babylonienne du Ciel le long de l'écliptique en 12*30 OUSh (repère en longitude par le nombre de degrés dans les 12 constellations du Zodiaque); de là nous vient l'habitude de découper un cercle en 360 degrés. Les Sumériens avaient acquis d'importantes connaissances sur plusieurs siècles.