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mardi 31 mai 2011

SPINOZA : L' ETHIQUE OU LA CONNAISSANCE DU VRAI DIEU


Baruch Spinoza, philosophe hollandais de confession juive. Bien qu'ayant pris ses distances avec la religion il poursuivit sa réflexion théologique. Sa philosophie influença longtemps ses contemporains ainsi que les penseurs qui lui succédèrent. Le philosophe Gilles Deleuze le surnomma "Le prince des philosophes" et Nietzsche le qualifia de "précurseur". Mais le spinozisme fut condamné comme doctrine athée.

Baruch Spinoza se fit également connaitre sous les noms de Bento de Espinosa ou Benedictus de Spinoza. 
Il naquit le 24 novembre 1632 à Amsterdam. Il reçut une éducation stricte et commença des études de Rabbin dont il se détourna rapidement. Considéré comme hérétique par les juifs, il sera banni par les autorités civiles en 1656. Date à laquelle il gagne sa vie en polissant des verres de microscopes tandis qu'il commence à écrire en latin qui sera sa langue d'expression écrite. Adepte de la doctrine de Descartes, Spinoza commence à enseigner à un élève en 1663. Bien que fréquemment attaqué comme athée dès 1660, il ne lui sera intenté aucun procès, peut-être du fait qu'il écrivait en latin et non en néerlandais.

SES OEUVRES
C'est dès 1660 qu'il commence "L'Éthique" dont il interrompra l'écriture pour rédiger "le Traité théologico-politique" dans lequel il défend la liberté de philosopher et conteste l'accusation d'athéisme. Cet ouvrage sera publié anonymement en 1670, et sera entre autres condamné unanimement par les autorités religieuses. Ce livre parmi tant d'autres auteurs, sera finalement interdit en 1674.
Il décédera le 21 février 1677 avant d'avoir réussi à publier "L'Éthique". Le médecin Ludovic Meyer avec l'appui d'autres de ses amis, fera paraître ses œuvres posthumes "L'Éthique" et trois traités inachevés. "Traité de la réforme de l'entendement". Le "traité politique" et "l'Abrégé de grammaire hébraïque ". 

Sa philosophie - ses écrits
La philosophie de Spinoza consiste en la recherche d'une authentique déontologie du bonheur et de la liberté. Il considère que le moyen d'y parvenir réside particulièrement dans la raison et l'amour de Dieu, donc de la Nature.
Parmi ses écrits, nous trouvons le "Traité de la réforme de l'entendement", "Principes de la philosophie de Descartes", "Pensées métaphysiques", et bien d'autres. Ainsi que 75 lettres publiées en 1677, mais d'autres fut découvertes après sa mort. De Baruch de Spinoza  a essentiellement écrit :

Court Traité sur Dieu, l’homme et sa félicité (écrit en latin en 1661) . Le Traité sur la réforme de l’entendement (écrit sans doute en 1661) . les Principes de la philosophie de Descartes (1663). Traité théologico- politique (1670) Traité politique (1673-1677) et L’Ethique (publiée l’année de sa mort )
Spinoza, rejetant toute transcendance divine, identifie Dieu et la Nature. La sagesse est amour intellectuel du vrai Dieu, immanent au réel.


Une méthode géométrique.L’Ethique (œuvre principale de Spinoza), est exposée comme l’est un traité de géométrie : à partir de définitions, axiomes et postulats, il s’ensuit une série ordonnée de théorèmes, démonstrations et corollaires.
Cette forme géométrique, loin d’être inintéressante, manifeste la volonté du philosophe de procéder de manière rigoureuse, ainsi que le font les mathématiciens.
Spinoza s’efforce d’exprimer, dans l’Ethique, de manière objective, l’essence fondamentale de toutes choses.

Quant à ce titre d’Ethique, il ne doit pas nous induire en erreur. L’Ethique ne désigne pas une morale au sens propre du terme, mais la vraie connaissance du vrai Dieu, immanent au monde, la science pratique de ce qui est connaissance réelle. L’essence de la nature humaine : désir et passions. 
Au sein de cette doctrine, comment comprendre l’essence de la nature humaine ? Il y a, en nous, un élément actif, que Spinoza baptise conatus : Le conatus, désigne l’effort par lequel chaque chose, pour autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être.


Or, quand le conatus devient conscient de soi, il s’appelle désir, lequel s’identifie donc à l’appétit accompagné de la conscience de lui-même. Conatus et désir correspondent à l’affirmation dynamique de notre être. Mais les désirs humains peuvent être modifiés par l’intervention de causes extérieures. Nous subissons, en effet, l’action de forces auxquelles nous sommes nécessairement liés, puisque nous sommes une partie de la Nature. Ainsi naissent les passions, lesquelles sont des modifications passives de notre être.

La joie et la tristesse sont les deux passions fondamentales d’où dérivent les autres passions : la joie est le passage à une plus grande perfection, la tristesse, le passage de l’homme a une moindre perfection. Pour Spinoza, la vie de l’homme est marquée par le triste cortège des passions tristes (haine, envie…). Ces passions réduisent l’homme à un état de servitude, c’est-à-dire de passivité. Ici intervient la philosophie qui a pour rôle de guérir l’homme de ses passions tristes, de le rendre maître de lui-même.
Vertu et sagesse : La vertu, chez Spinoza, n’a rien à voir avec ce que l’on entend communément. Etre vertueux, c’est acquérir la vraie connaissance de nos passions grâce à des idées et des notions adéquates.

Ainsi, le vertueux est celui qui découvre le dynamisme qui l’anime, ce qui lui permet de retrouver la puissance du conatus. Etre vertueux, c’est connaître le réel, accéder à la plénitude de l’existence. Vertu et vie sont donc indissociables. Le sage est donc celui qui accède à la connaissance vraie et qui parvient en cela à la plénitude.
Spinoza et la politique : Le sage vit sous le régime de la raison. De cette manière, le citoyen spinoziste retrouve également l’accord et l’unité avec ses semblables.
Ainsi, l’Etat doit être conçu rationnellement : seul l’Etat rationnel ouvre la voie à la liberté, selon les lois de la nature humaine, c’est-à-dire, conscient de la nature infinie.
Spinoza est un démocrate. La démocratie désigne un régime où nul ne transfère son droit à un autre et où tous sont égaux, une cité dans laquelle la liberté d’opinion est totale. Ainsi se dessine le destin des hommes libres, vivant sous le régime de la raison, dans une cité libre. En accédant à la connaissance vraie, l’homme redevient un Dieu pour l’homme. La politique de Spinoza se confond avec son Ethique et l’achève.

DIEU OU LA NATURE
Ce qui est ? Une seule substance, absolument infinie, dont nous ne sommes que des modes. Le Dieu de Spinoza, objet de l’Ethique, n’a rien à voir avec celui de la religion judéo-chrétienne, principe transcendant au monde. Il faut, en effet, expulser toute représentation anthropomorphique du divin.
Dieu, n’est rien d’autre qu’un Etre absolument infini, composé d’une infinité d’attributs, une Substance unique (la Substance désignant ce qui est en soi et conçu par soi).
Dieu s’identifie à cette Substance. Il désigne l’ensemble du réel ou la Nature, comprise comme l’unité des choses et le seul Etre auquel les réalités se rapportent : Deus sive Natura = Dieu ou la Nature.
Les philosophes de la Renaissance, tel Giordano Bruno, avaient frappé Spinoza par leur représentation d’une Nature une et infinie. C’est là, une conception panthéiste, que l’on retrouve dans l’Ethique, su du moins on entend par panthéisme une doctrine identifiant Dieu et la totalité du réel - Ce terme panthéiste n’est de Spinoza, puisqu’il est apparu au début du XIIIe siècle. Il fut inventé suite aux études de Giordano Bruno qui fût brûlé pour ses idées de dieu.

Dans cette substance unique, de cette Nature ne faisant qu’un avec Dieu, l’intelligence humaine saisit seulement deux attributs, l’Etendue et la Pensée, l’Attribut se définissant chez Spinoza de la manière suivante : ce que l’entendement perçoit d’une substance comme constituant son essence.
Dans cette perspective, que représentent alors les objets particuliers du monde ?
Ce sont des modifications de la Substance infinie qu’est la Nature, en d’autres termes des modes, c’est-à-dire des affections de cette substance. Ainsi, chaque créature particulière apparaît-elle comme un mode de Dieu, comme étant dans une autre chose, par le moyen de laquelle elle est conçue. Cette tripartition (substance-attribut-mode) nous permet de saisir le sens des concepts de Nature naturante et de Nature naturée :  Par Nature naturante, Spinoza entend Dieu lui-même, en tant qu’il est en soi et conçu par soi, en producteur de tout réel.  Par Nature naturée, le philosophe comprend tout ce qui se suit dans la nature de Dieu et de ses attributs, tout ce qui est produit par la Substance en tant qu’il est en elle et par elle. Un tel système est rigoureusement déterministe : les attributs infinis de Dieu produisent nécessairement certains effets. Il n’est rien donné de contingent dans la nature : La nécessité absolue dont parle Spinoza dans l’Ethique possède cette signification : tout est déterminé par la Nature divine à produire un effet.
La contingence, c’est-à-dire ce qui peut ne pas être, représente seulement un défaut de notre entendement, un manque de 

LES CITATIONS DE SPINOZA A MÉDITER
La haine doit être vaincue par l'amour et la générosité.
Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre
C’est un défaut commun aux hommes que de confier aux autres leurs desseins.

Nous ne désirons aucune chose, parce que nous la trouvons bonne mais, au contraire, nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous la désirons.
On ne désire pas les choses parce qu'elles sont belles, mais c'est parce qu'on les désire, qu'elles sont belles.
Un homme libre ne pense à aucune chose moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie.
Une bonne conscience ne nous pousse pas à notre perte mais toujours à notre salut.
Le mot donne à la pensée, son existence, la plus haute et la plus noble.
Dans la mesure où une chose convient à notre nature, elle est nécessairement bonne.
Il vaut mieux enseigner les vertus que condamner les vices.
L'homme libre, qui vit parmi les ignorants, s'applique autant qu'il le peut à éviter leurs bienfaits.
Le comble de l'orgueil, ou de l'abjection, est le comble de l'ignorance de soi-même.
La chose du monde à laquelle un homme libre pense le moins, c'est la mort ; et la sagesse n'est point la méditation de la mort mais de la vie.
La béatitude n'est pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même.
La peur ne peut se passer de l’espoir et l’espoir de la peur.L'être d'un être est de persévérer dans son être.
Comprendre est le commencement d'approuver.
Le repentir est une seconde faute.

Les hommes se trompent quand ils se croient libres ; cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés.
Le désir qui naît de la joie est plus fort, que le désir qui naît de la tristesse.
Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels.

Le chat n’est pas tenu de vivre selon les lois du lion.
L'expérience ne nous enseigne pas les essences des choses.
L’homme n’aura jamais la perfection du cheval.
Les hommes sont conduits plutôt par leur désir aveugle que par leur raison.
La sagesse n'est pas la méditation de la mort, mais la méditation de la vie.
La joie est le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection.
C'est aux esclaves, non aux hommes libres, que l'on fait un cadeau, pour les récompenser de s'être bien conduits.
Notre âme, en tant qu'elle perçoit les choses d'une façon vraie, est une partie de l'intelligence infinie de Dieu.
L'amour intellectuel de l'âme envers Dieu est une partie de l'amour infini duquel Dieu s'aime lui-même.


Le bien suprême de l'âme est la connaissance de Dieu ; et la vertu suprême de l'âme, c'est connaître Dieu.
Si vous voulez que la vie vous sourie, apportez-lui d'abord votre bonne humeur.
Seule assurément une farouche et triste superstition interdit de prendre des plaisirs.
Le désir est l'essence même de l'homme, c'est à dire l'effort par lequel l'homme s'efforce de persévérer dans son être.
La satisfaction intérieure est en vérité ce que nous pouvons espérer de plus grand.

L'orgueil est le fait d'avoir, par amour, une opinion plus avantageuse que de raison sur soi-même.

Tout homme aime mieux donner des ordres qu'en recevoir.
La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice.